Frost & Fire [1981]

S'il y a bien un groupe underground américain que j’adore par-dessus tout, c’est Cirith Ungol. Pratiquant une musique sombre directement influencée par le grand Black Sabbath des 70’s alliée à l’intensité de la NWOBHM (Angel Witch entre autres), Cirith Ungol n’en demeure pas moins un des groupes les plus originaaux et atypiques de la scène…les compositions sont à la fois heavy et progressives et il y ce chant si particulier et presque crié qui rajoute un côté malsain et fou à la musique. Si vous aimez la musique foncièrement non commerciale et ayant encore l’inspiration des années 70, cet album est pour vous. Ce premier album sorti en 1981, n'est peut-être pas la porte d'entrée idéale, il est coincé entre deux époques et son style peut-être qualifié de prototype d'un heavy metal à la fois heavy et épique, mais c'est justement cette recherche de style pas encore complètement abouti ici qui en fait sa singularité et son charme. Parmi les meilleurs moments, je citerais I'm Alive, morceau culte et complètement halluciné où le chant possédé de Tim Baker et les mélodies ne peuvent que convaincre les septiques d'aller plus loin dans la découverte de ce groupe complètement à part.

King Of The Dead [1984]

Attention chef-d’œuvre ! si je ne devrais retenir qu’un album du grand Cirith Ungol ça serait celui-là, les classiques du groupe y sont gravées avec Black Machine ou Master Of The Pit. Par rapport à Frost & Fire (1981), pas mal d’amélioration surtout d’un point de vue sonore, avec un son plus proche du son de la NWOBHM que du son 70’s toujours présent, la basse est plus ronronnante, les compositions sont plus accrocheuses, plus cohérentes et mélodiques sans verser dans la facilité. Cirith Ungol est un groupe à la personnalité très forte, notamment la voix de son chanteur qui crie plus qu’il ne chante et n’est donc pas forcément destiné à un large public peu habitué aux groupes atypiques. Le style est lourd, mystique et épique, il est difficile de décrire cette musique tant elle se démarque de la concurrence à l’image de groupes comme Manilla Road, mais c’est ce qui fait son côté unique et intemporelle. Si vous aimez le metal obscur aux racines du heavy et du doom vous savez ce qu’il vous reste à faire.

One Foot In Hell [1986]
Avec One Foot In Hell, Cirith Ungol propose un album plus en phase avec la scène heavy metal de l'époque. Les tempos se font plus rapides et les compositions plus traditionnelles et compactes même si la personnalité du groupe demeure bien présente grâce à la voix atypique et inimitable de son leader. Les puristes regretteront l'ambiance si particulière que dégageaient les 2 premiers albums qui avaient des compositions plus ouvertes engageant davantage à ouvrir son esprit à un univers contemplatif. Personnellement j'ai toujours apprécié cette facette plus directe et résolument heavy metal du groupe même si mon petit bémol concernerait la force des morceaux qui n'atteignent globalement pas celles de King of The Dead (1984) et les meilleurs moments de Frost & Fire (1981), mais son approche différente permet de compléter efficacement cette trilogie définitivement culte du Cirith Ungol 80's. À mes oreilles, le disque le moins indispensable du groupe.

Paradise Lost [1991]

Cet album a été longtemps l'album oublié de Cirith Ungol en raison de sa distribution lacunaire par un label véreux à une époque où le heavy n'était de loin plus aussi populaire aux Etats-Unis, il n'a été réédité que récemment (2016 par Metal Blade) même si des copies (pirates) sont apparues sur les marchés spécialisés vers 2002. En tous les cas, ce disque n'a jamais été considéré comme un classique d'autant que le line-up a considérablement évolué et pourtant c'est celui que je ressors le plus souvent, le plus accessible, le plus mélodique et accrocheur. En tout cas, il est moins sombre , complexe et moins extrême dans ces lignes vocales que ses prédécesseurs ce qui en fait un disque moins apprécié par les puristes. Les riffs plus directs et presque Thrash pourront également surprendre, le groupe s'écarte de ses compositions 70's c'est certain. L'histoire est souvent cruelle, mais je pense que si ce disque avait le potentiel de toucher plus d'auditeurs et aurait pu être considéré parmi les plus grands disques des années 90. Ecoutez des morceaux comme Join The Legion, Fire, Chaos Rising ou encore Fallen Idols et vous comprendrez. C'est personnellement les morceaux de Cirith Ungol que j'ai envie d'entendre en concert et sur lesquels j'arrive davantage à prendre mon pied. N'en déplaise aux critiques, je considérerais toujours Paradise Lost comme un excellent disque sans grand point faible.

Servants Of Chaos [2001]

Servants Of Chaos n'est pas un album mais une compilation de morceaux inédits, démos et autres enregistrements live. Ce double disque s'adresse avant tout aux fans hardcore et les curieux n'y trouveront guère matière à prendre leurs pieds. Cela dit, le premier disque est intéressant car il propose des compositions inédites (parfois instrumentales) et des versions alternatives très sympa pour qui aime les débuts du groupe même si la présence de synthétiseurs ruine quand même le plaisir quand on n'aime pas ces sons-là (c'est mon cas). Il est quand même rigolo de constater que Cirith Ungol a tendance plus à sonner comme Judas Priest que Black Sabbath sur certains morceaux ce qui n'est pas pour me déplaire.  Le deuxième disque a tourné en boucle chez moi car il s'agit en grande partie de version démo de l'album Paradise Lost (1991) qui est mon disque de coeur et je dois dire qu'elles sonnent vraiment bien et j'ai même à préférer le mix de ces versions qui sont plus aérées que celles de l'album. Moins intéressants par contre sont les 7 morceaux lives qui était déjà pour certaines en bonus sur les rééditions CD des albums 80's du groupe. À noter, une reprise Secret Agent Man de Johnny Rivers et un enregistrement du moteur d'une Ferrari 308QV qui n'a aucun intérêt si ce n'est de souligner que le batteur en est fan. En résumé, une compilation généreuse de 30 morceaux du groupe qui n'a d'intérêt que pour ceux qui connaissent le groupe et qui veulent approfondir leur connaissance. Contrairement à beaucoup de produits du genre, il m'arrive de le ressortir et de me laisser captiver par la musique du groupe, preuve de son intérêt et de sa qualité.

I'm Alive [2019]

Cirith Ungol a sans doute été l'un des derniers "grands" groupes mythiques des 80's à s'être reformé et ce malgré les nombreuses demandes des passionnés du groupe. En attendant, un véritable album, le groupe a gravé sur platine ses concerts de reformation et nous propose un double album live composé de 22 pépites issues de ses 4 premiers albums. Rien à redire, l'interprétation est excellente, la voix si particulière de Tim Baker toujours aussi saisissante et incarnée. Le son est clair et puissant, ce n'est pas le sommet de ce qu'on peut faire en matière de prise de son, mais c'est authentique et le rendu organique restitue à la perfection un concert de Cirith Ungol dans une salle de 1000 personnes. Personnellement, c'est ce que j'attends d'un album live! I'm Aliveest une belle porte d'entrée pour qui désire s'initier à la musique du groupe même si ce genre d'enregistrement se destine aux fans avant tout et que la densité des 22 morceaux n'est pas idéales (je commencerais pas les albums studios qui amènent peut-être plus de nuances dans les compositions). Dans tous les cas, Cirith Ungol est un groupe à découvrir, son style musical qui oscille entre l'inventivité et l'inspiration des 70's et la puissance des 80's est si particulier qu'il en fait un groupe définitivement unique dans son genre. Vivement la suite!

Forever Black [2020]

Cirith Ungol était sans doute l'un, sinon LE dernier groupe mythique de la scène heavy metal 80's à ne pas s'être reformé au tournant des années 2000. Je Je n'attendais même plus cette reformation qui avait été abordée, puis abandonnée à la sortie de la compilation Servants Of Chaos (2001). C'était sans compter la demande des fans et surtout la pression des promoteurs des petits festivals underground axés Heavy Metal qui ne pouvait promettre à ce groupe une reformation en tête d'affiche. Ce genre de démarche est toujours délicate, d'un groupe aussi original et d'une certaine façon expérimental, on ne sait jamais si l'on souhaite un album classique qui joue la carte de la nostalgie ou un disque qui défriche de nouveau territoire. Évidement, c'est la première option qui a été choisie avec une pochette qui sent bon l'Heroic Fantasy et un contenu qui fait la synthèse des 4 premiers albums du groupe. Premier bon point pour les fans, la voix clivante de Tim Baker reste toujours aussi impressionnante et originale, ce chanteur immédiatement reconnaissable forge l'identité du groupe, de même que la musique qui se faisait épique, sombre, torturé mais toujours avec une dose de feeling 70's marqué surtout sur les deux premiers albums. Tous les ingrédients sont bels et biens présents sur Forever Black, la production puissante et très organique permet d'insuffler le souffle de modernité à des compositions efficaces et accrocheuses qui font passer, durant 40 minutes, un pur moment de plaisir. Après avoir écouté en boucle ce disque à sa sortie, je l'ai laissé reposer pour le ressortir ensuite et je pense sincèrement que Cirith Ungol nous a sorti un très bon disque, inspiré et accrocheur, peut-être le plus équilibré de sa discographie qui a toute sa place dans la discographie unique du groupe et qui fait de ce retour un des meilleurs come-back de la scène du heavy traditionnel.