Black Sabbath [1970]

On peut débattre des nuits entières de comment et où est né le Heavy Metal, ce qui est certain c'est que Black Sabbath en est le maître incontestable et a influencé des milliers de groupes avec ce premier disque de légende. La pochette, le nom du groupe sont déjà le signe d'avoir à faire à un groupe à part mais ce sont les premières secondes d'écoutes qui sont renversantes : orage, bruit de cloche et voilà l’hymne homonyme du groupe qui débute et qui représente à lui seule toute la noirceur du Black Sabbath. Une vraie révolution, un son lourd et lugubre qu'on n'avait jamais entendu auparavant et qui n'a rarement été aussi bien capté depuis. La face A (ou les 4 premiers titres c’est selon) est absolument grandiose, 4 classiques intemporels qui méritent de passé à la postérité… La face B fait un peu chuter la pression avec des titres plus bluesy, expérimental et moins concis, me donnant l'impression qu'ils résultent d'une jam improvisée très en vogue dans le rock 70's (en est pas loin des improvisations en concerts de Deep Purple).  J'ai toujours pensé que ce disque était indispensable à tout fan de Heavy Metal pour comprendre les racines, ce premier album contient toute l'âme de cette musique, même si je pense qu'il n'est pas le disque ultime du groupe tant le groupe ira encore plus loin en matières de composition par la suite.

Paranoid [1970]

Paranoid est L’ALBUM de Black Sabbath, celui qui a marqué des générations entières avec ses riffs inspirés et diaboliques, c'est également l’album qui contient les morceaux ultimes du groupe « War Pigs », « Paranoid » ou encore « Iron Man » qui doivent être joués à chaque concert du groupe. Bref, l’album de Black Sabbathà posséder ! Un peu comme sur son prédécesseur la face B du disque est plus expérimentale sur le plan des compositions mais le groupe est en état de grâce avec un « Electric Funeral » aux riffs incroyablement inspirés et sa rythmique lancinantes, « Hand Of Doom » est sa structure progressive riche, deux morceaux à la base du Doom Metal. L'album se conclut sur l'instrumental « Rat Salad » et « Fairies Wear Boots », deux morceaux qui permet au groupe de montrer toute la maîtrise technique au service d'une musique riche et inspirante. Un disque parfait, monument du Hard Rock des 70's qui n'a aucun point faible et qui reste plus de 5 décennies après sa sortie une référence absolue et indémodable. La grande classe!

Master Of Reality [1971]

« Sweet Leaf », « Children Of The Grave », « Into The Void »: 3 de mes morceaux favoris de Black Sabbath sont sur ce disque. Master Of Reality est l'album que je ressors le plus souvent de la période dorée du groupe, la production est plus massive et lourde que jamais et le groupe est au sommet de sa créativité et s'il contient moins de morceaux aussi inoubliables que Paranoid (1970) et que sans ambiance est moins inquiétante que son premier LP, il reste tout aussi indispensable pour qui aime la musique heavy. Si je dois chipoter c'est clairement sur sa durée de 35 minutes, je trouve que l'album est trop court  pour égaler le contenu de ses deux prédécesseurs, ce qui en fait un album globalement moins riche d'autant qu'un morceau comme « Solitude » est un peu une redite de « Planet Caravan » sur le précédent, mais la qualité de ses morceaux compense largement ce déficit. Un must de plus.

Vol 4 [1972]

Vol 4 aurait du selon le groupe s'appeler Snowblind en hommage à la cocaïne dont le groupe fraîchement installé à Los Angeles est devenu grand consommateur. Ce changement de son et d'ambiance se ressent sur la musique du groupe qui devient plus expérimentale, franchement barré et moins concis. Il s'agit du premier album du groupe à contenir des claviers et des titres franchement moyens comme « Tomorrow’s Dream », l'instrumentale bruitiste et inutile « FX »  ou la ballade sirupeuse « Changes ». Mais d'un autre côté il y a de superbes morceaux comme « Supernaut », « Snowblind » ou le très accrocheur et psychédélique « St. Vitus Dance » qui viennent montrer que Black Sabbath a toujours de l'inspiration à revendre. L’album est assez varié, ce qui fait sa force et sa faiblesse car on sent que le groupe doit proposer autres choses pour évoluer et que cette évolution n’est pas 100% naturelle, à la limite forcée par l'obligation de sortir un disque alors que le groupe à la tête dans la coke. Ce disque n’est pas mon préféré car il n'a vraiment pas l'intensité et l'efficacité des précédents mais il reste bon et plus qu’agréable à écouter, témoignage d'un groupe au sommet de sa popularité mais à la rupture sur le plan créatif.

Sabbath Bloody Sabbath [1973]

Après un épisode californien mouvementé et un break salvateur, Black Sabbath va retourner enregistrer son 5ème album en Angleterre. L'inspiration à nouveau au rendez-vous le gang de Birmingham pousse encore plus loin les expérimentations amorcées sur Vol 4 (1972), le groupe ne mise plus uniquement sur la noirceur et la lourdeur de ses compositions, mais lorgne vers une musique plus riche et progressive : changements de rythmes, mélodies et l'arrivé des synthétiseurs sont au menu (c'est même Rick Wakeman de Yes qui se charge d'une grande partie des claviers). Du Black Sabbath des débuts, il reste ce son unique de guitare et le chant de damné d'Ozzy Osbourne.  Pour moi Sabbath Bloody Sabbath fait partie des disques intouchables du groupe, c’est sans doute celui que je m’écoute le plus de la période Ozzy, les titres sont accrocheurs et variés, d'une très grande qualité musicale proche des délires instrumentaux d'un Deep Purple par moments (Sabbra Cadabra). Un must du Hard 70’s même si le style de Black Sabbath sonne moins metal et plus rock 70's que les 3 premiers albums du groupe.

Sabotage [1975]

Si j’étais mauvaise langue j’aurais dit que ce Sabotage porte bien son nom vu la gueule de la pochette et son contenu qui part dans tous les sens. Le groupe traverse une période difficile avec son management et ça s'entend jusque dans la musique qui n'a pas vraiment de direction. Pourtant, l'album commence  fort avec l'excellentissime « Hole In The Sky », titre lourd et inquiétant qui aurait pu se retrouver sur les premiers albums du groupe, puis « Symptoms Of The Universe » un titre bien riffu et inspiré. La suite me laisse plus dubitatif, le groupe s’essaie à un style plus expérimental et mou du genou, très rock presque progressif par moments, voire jazzy et même pop sur « Am I Going Insane ». Rien de mauvais si on aime la musique des 70's et ses improvisations musicales, mais il manque cruellement de souffle et d’énergie sur la durée pour me captiver. Sans véritable fil conducteur, j'ai du mal à placer Sabotage parmi les grands albums du groupe et j'avoue ne pas le ressortir très souvent.

Technical Ecstasy [1976]
C'est peu de dire que les piliers du Hard Rock britanniques,  traversèrent une crise existentielle dans la seconde moitié des années 70, Black Sabbath n'y échappera pas. Jusqu'alors véritable inventeur d'un son et d'un style qui lui était propre, le groupe va tenter de rester vivant en s'inspirant de la musique d'autres groupes et perdre un peu de son âme dans l'aventure. Avec Technical Ecstasy, son leader, Tony Iommi, va tenter de rendre la musique du groupe plus cérébrale et faire sonner le groupe vers les groupes qui cartonnent à l'époque, Led Zeppelin et Queen en tête. La musique du groupe n'est plus uniquement dirigée par les guitares mais les claviers deviennent le fil conducteur des compositions qui deviennent plus proches du Classic Rock que du bon vieux Heavy Metal. Le groupe aurait presque pu changer de nom tant le son Black Sabbath est absent, mais sur le fond ce disque est cohérent, bien plus qu'un Sabotage (1975) ou un Vol 4 (1972) qui avait tendance à s'éparpiller, il a un véritable fil conducteur. Pour peu d'apprécier la bonne musique des années 70, on peut qualifier ce disque de très bon en tout cas j'aime le ressortir et me laisser aller à son écoute qui s'avère très accrocheuse car ce disque regorge de bons morceaux et possède une très belle musicalité même s'il est définitivement à part dans la discographie du groupe.
Never Say Die [1978]

Les deux derniers albums de la période d’Ozzy ne font incontestablement pas partie des classiques de la discographie de Black Sabbath. Il faut dire qu’à cette époque, le Punk, puis une nouvelle vague de jeune loup métallique commence à pointer leur bout de leur nez et Black Sabbath passent dans la case des vieux groupes qui tentent de rester vivant sans véritablement savoir où naviguer. Ce manque de ligne directrice solide, la drogue et la baisse de popularité du groupe provoquent des tensions internes qui ne favorise pas le travail de groupe. Ainsi, en ressort de cet album une impression de fourre-tout, pas foncièrement désagréable, mais dont on a de la peine à saisir le sens et l’intérêt. Ce Never Say Die contient donc ses titres heavy comme le titre homonyme à l'album qui est fort bon, mais également des titres plus rock voire jazzy qui ne collent absolument pas à l’essence du groupe, si Technical Ecstasy (1976) avait pour lui une certaine cohérence, ici ce n'est absolument plus le cas en particulier la seconde moitié de l'album qui relève de l'anecdote. Bref, ce dernier album avec Ozzy au chant n’est pas une grande réussite, il s’adresse aux fans absolus du groupe et ceux qui veulent la totale. Le moins bon album estampillé Black Sabbath avec Ozzy au chant et de loin.

Heaven And Hell [1980]

En 1980, une nouvelle ère débute pour Black Sabbath, Ozzy est remplacé par Ronnie James Dio (ex-Rainbow, Elf), le chanteur à la voix d’or. Ce changement va être bénéfique pour le groupe, après 3 albums anecdotiques le groupe se redécouvre de nouvelles ambitions et la voix chaude et profonde de son chanteur permet à Black Sabbath d’explorer des sentiers plus épiques et mélodiques. J’aime beaucoup ce disque, il contient d'excellents morceaux et ses titres moins connus valent l'écoute, c'est l'album le plus cohérent depuis Sabbath Blood Sabbath (1973) dans le style et la forme. J’avoue cependant ne pas ressortir ce disque très souvent, la plupart des morceaux étant encore meilleures dans leurs versions lives et les versions studios originales m'ont toujours semblé un peu fades en comparaison, en particulier le phrasé de Ronnie James Dio qui est ici un peu trop sage et en retenue. Ce qui est frappant par contre, c'est le jeu de guitare de Tony Iommi qui n'a jamais été aussi fluide et mélodique, plus proche du style d'un Ritchie Blackmore (Deep Purple, Rainbow) que des riffs lourds et ténébreux qu'il a pourtant inventés 10 ans plus tôt. Cette évolution va diviser les fans de Black Sabbath mais permettre au groupe de renouer avec succès à la nouvelle vague de Heavy Metal qui explose au début des années 80. Un classique.

Mob Rules [1981]

Ce deuxième album avec Ronnie James Dio au chant est dans la lignée d'Heaven And Hell (1980) dont il inséparable tant la musique est du même tonneau, mais au jeu des petites différences il a toujours eu ma préférence. D'une part car il contient des titres excellents, plus obscures que les morceaux plus populaires de son prédécesseur car à l'exception du morceau "The Mob Rules", les morceaux de cet album ont peu été joué sur scène que ça soit dans la carrière solo de Dio ou avec Black Sabbath (Dio quittera le groupe l'année suivante et la réincarnation du groupe en 2006 sous le nom Heaven And Hell réparera cette injustice). D'autre part, je trouve que la production et surtout le chant y est beaucoup plus puissant et profond. Même les morceaux comme "Country Girl" ou "Falling Of The Edge Of The World" de la face B du disque sont des grands moments musicaux, sans compter le magnifique "Over And Over". Rien à jeter, c'est mon album favori de cette époque et un des tous meilleurs disques du groupe toutes périodes confondues. Un grand disque!

Live Evil [1982]

Live Evil est le premier live de Black Sabbath sorti avec l'accord du group, il existe en plusieurs versions  dont une sans "War Pigs"...en fait la seule version vraiment complète est l'américaine sortie en double album. La version européenne a été réedité en 1996 en simple CD avec tous les morceaux, mais le temps entre les chansons à été sérieusement réduit, ce qui perd en immersion. Je ne considère pas ce live comme un classique car ce disque manque de vibrations: le public est quasi absent et l'interprétation manque un peu de patate et de puissance, tout comme la prise de son est trop lisse et aseptisée. Le véritable intérêt de ce disque c'est qu'il permet d'écouter des vieux titres de Black Sabbath avec un des tous meilleurs chanteurs de tous les temps: Dio. Les versions de "N.I.B.", "Black Sabbath" ou autre "War Pigs" valent d'être entendue même si je n'ai jamais été vraiment persuadé qu'autant bon chanteur qu'il soit, il ait réellement la voix et la conviction pour interpréter les morceaux de la période Ozzy, l'interprétation manquant d'émotions. Si on rajoute les classiques de sa période comme "Heaven and Hell", "Children Of The Sea" ou  "The Mob Rules" on a droit à un belle collection de morceaux à découvrir plus par curiosité que nécessité.

Born Again [1983]

Dio quitte Black Sabbath pendant le mixage de Live Evil (1982) et à la surprise générale c’est Ian Gillian (Deep Purple) qui le remplace. Quand on connaît le côté un peu hippie et décalé du personnage on ne peut qu’être surpris de cette association contre nature. Il s’agit d’un des Black Sabbath que j’aime le moins, pas forcément à cause de ce chanteur même si sa voix manque à mon avis un peu de puissance par rapport à la lourdeur de la musique. Non le problème fondamental de ce disque c’est surtout les compositions qui ne m’accrochent pas du tout, aucun morceau ne peut rivaliser avec celles des albums précédents. Le plus décevant est l’emballage pourri, déjà la pochette de très mauvais goût, mais la production en particulier qui manque de puissance et le mixage atroce de ce disque, entre les guitares trop aiguës et l'affreux bruit de la batterie, c'est un carnage incompréhensible pour un groupe pareil. Si on regarde le verre à moitié plein, il s'agit d'une belle tentative de sonner evil et de renouer avec l'aura sombre du groupe de ses débuts, mais la forme est trop vilaine pour réellement pouvoir y adhérer. Un disque sûrement intéressant pour les historiens car il permet la rencontre de deux monstres sacrés de l'histoire du hard rock britannique, mais je ne peux m’empêcher de penser que ce disque sans le logo « Black Sabbath » dessus et son line-up inédit n’aurait eu vraiment aucun intérêt.

The Seventh Star [1986]
Ce disque n'a de Black Sabbath que le nom, il était d'ailleurs prévu comme un album solo de son guitariste Tony Iommi, il n'y a d'ailleurs plus aucun autre membre d'origine dans ce line-up, le seul rescapé étant Geoff Nicholls (claviériste depuis Heaven And Hell (1980)). Au chant, on retrouve à nouveau un ex-Deep Purple: Glenn Hugues. En tant que fan de ces deux artistes je ne peux pas cracher dans la soupe. J'aime cet album et ce qu'est devenu Black Sabbath dans ses années plus obscure. Il faut simplement ce disque pour ce qu'il est, un bon album de heavy rock mélodique, presque Hard FM sur certain passage, complètement en phase avec son époque et à ce titre il n'a pas à rougir de la comparaison avec les bons disques du genre (Whitesnake ou Rainbow par exemple), les titres sont accrocheurs et efficaces pour qui aime ce genre de sucrerie et les bons chanteurs des années 80. Un album au-dessus de la moyenne que je ressors toujours avec plaisir. À redécouvrir, d'autant plus qu'une réédition propose un live de Black Sabbath avec Ray Gillen au chant avec moult classiques du groupe, rareté indispensable pour les plus mordus de ce guitariste.
The Eternal Idol [1987]

Black Sabbath est un des groupes qui a le plus changé de son au cours de sa riche discographie, malgré tout je l’adore dans sa quasi-totalité. La période Tony Martin [1987-1991 puis 1994-1996] est la plus mésestimée et je l'ai toujours défendu avec ferveur, le fait d'avoir découvert Black Sabbath avec ce chanteur y est pour quelque chose mais je reste persuadé que musicalement on est dans le haut du panier de ce qu'a composé Tony Iommi. The Eternal Idol contient tout ce que je recherche dans la musique heavy metal des années 80: des compositions mélodiques, épiques, de bons riffs et une belle voix. À ce titre, celle de Tony Martin est absolument superbe et trop méconnue du grand public, elle me rappelle tantôt Ronnie James Dio, tantôt Jeff Scott Soto un mélange des deux en somme. Si le bonhomme avait été aussi doué sur scène qu'en studio, il aurait pu connaître un autre sort que le rôle relativement confidentiel de remplaçant auquel il est malheureusement resté un peu cantonné. Musicalement, on est bien sûr loin des riffs de pachyderme des 70’s…mais la guitare plus classieuse de Tony Iommi, nous offre des bons moments de guitares vraiment très classes aux soli mélodiques inspirés. On reste éloigné de la musique originelle du groupe, mais un résultat final que l’on ne peut qu’apprécier pour peu qu'on soit ouvert à ses sonorités plus mélodiques dans la veine des Rainbow ou Whitesnake période "1987". Je ne saurais que conseiller ce disque aux amateurs de heavy mélodique 80’s et de belle voix. The Eternal Idol est un des disques de Black Sabbath  que j'écoute toujours avec grand plaisir de nos jours même si la seconde moitié d'album perd un peu d'efficacité et de tension musicale qui aurait pu en faire un must absolu.

Headless Cross [1989]

Headless Cross est un album assez fascinant, alors que le groupe évolue toujours dans la sphère heavy rock très mélodique, il va pondre un album au concept très sombre avec des paroles qui ne tournent qu'autour de la thématique de l'occultisme et du satanisme, une première dans la discographie du groupe même si quelques chansons cultes du groupe abordaient la thématique. Les compositions restent dans la veine de The Eternal Idol (1987) avec ce côté Arena Rock, limite FM, c'est sans doute à ce titre l'album le plus tubesque du groupe avec des morceaux très accrocheurs pour qui sait apprécier le hard rock mélodique et les belles voix. L'ombre de Whitesnake n'a jamais été aussi prégnante sur un album du groupe et avec l'arrivée de Cozy Powell et Neil Murray (qui rejoindra le groupe pour la tournée) on aura désormais la section rythmique période Slide It In (1984) de ce groupe dans Black Sabbath preuve de son influence sur la musique du Black Sabbath de l'époque. Headless Cross est un très beau disque, avec son lot de bons morceaux, sans doute le meilleur depuis la période Dio (1980-1982) mais à l'instar de son prédécesseur, il manque peut-être un ou deux morceaux vraiment exceptionnels sur la seconde moitié d'album qui a tendance à être répétitive pour en faire un must absolu.

ᛏᛉᚱ [1990]

Je ne peux pas être objectif sur ce coup car j'ai découvert Black Sabbath avec cet album et je l'ai écouté en boucle pendant des mois tellement il m'a transporté et alimenté ma passion pour la musique. En toute franchise, je n'ai jamais compris les regards qu'avaient les critiques sur cet album, il s'agit certainement du disque le moins bien noté de la discographie du groupe sur internet et ignoré par le groupe lui-même puisque le groupe ne jouera presque aucun morceau sur les tournées ultérieures à cet album alors je considère ce disque comme un des tous meilleurs de Black Sabbath, un chef.d’œuvre même. Si la période Tony Martin avait déjà accouché de deux bons disques, je trouve que Tyr leur est supérieur en matière de compositions et d'atmosphère générale à la fois sombre et épique. The Sabbath Stones est un morceau dantesque, puissant et inspiré pour n'en mentionner qu'un. La force de ce disque et que tous les morceaux de cet album sont bons et surtout que la variété des morceaux est au rendez-vous. Depuis 30 ans, il s'agit encore du disque de Black Sabbath que j'écoute le plus souvent et j'aurais adoré entendre ce disque chanté par Ronnie James Dio, je suis certain que certain morceau aurait été magnifié sur scène. Pour moi ce disque reste un des trésors les mieux cachés de l'histoire du Heavy Metal, peut-être qu'un jour d'autres le découvriront également.

Dehumanizer [1992]

Black Sabbath est en pleine débandade sur le plan commercial, tout comme la carrière solo de Dio d'ailleurs. C'est donc logiquement que les deux partis se réunissent avec le line-up d'époque pour nous sortir un nouvel album et tenter un retour sur une des périodes les plus lucratives du groupe (il faut se rappeler que de son côté Ozzy est au sommet de sa popularité avec "No More Tears"). Le résultat est plaisant mais n'a pas atteint les espérances attendues d'une telle réunion qui à mon avis n'a pas été assez travaillée. En choisissant la voie de la modernité et une approche résolument heavy, le rendu n'est pas aussi magique que le premier passage de Dio dans Black Sabbath. Ce qui m'a toujours déplu c'est sa production ratée, notamment la batterie qui est spécialement mal enregistrée et le son métallique de l'album qui n'amène aucune chaleur, ni groove à des compositions moins mélodiques et accrocheuses que par le passé. Malgré ces moments lourdingues, Dehumanizer contient quelques excellents morceaux (After All (The Dead) ou I) et la présence de Dio justifie à elle seule l'achat de ce disque qui n'aura été qu'une courte parenthèse dans le parcours chaotique du groupe.

Cross Purposes [1994]

La reformation du Black Sabbath avec Dio au chant, n’aura duré que quelques mois…ce dernier quittant le groupe en pleine tournée, c’est Tony Martin qui conserve le micro qu'il n'a d'ailleurs officiellement jamais perdu. Le style des compositions a évolué comparé à ce qu’il avait enregistré sur ses 3 albums précédents avec Black Sabbath, moins mélodique, plus heavy, le retour de Geezer Butler aux affaires y est certainement pour quelques choses car la basse est nettement plus présente sur cet album. Le problème de ce disque est qu'aucun morceau n'est réellement mémorable, même si 2 ou 3 titres viendront me démentir comme par exemple le très bon « Cross Of Thorns » un titres épique fort agréable ou la ballade « Dying For Love ». La voix de Tony Martin ne fonctionne pas sur les morceaux plus lourds et moins mélodiques…les titres sans intérêt sont nombreux. Cross Purposes est un disque assez anecdotique, sans caractère et loin des standards d'un groupe comme Black Sabbath. Un disque que je ne peux définitivement pas écouter dans son intégralité sans m'ennuyer.

Cross Purposes Live [1995]
Si Black Sabbath a raté une chose sur toute sa carrière, c'est bien de ne pas avoir su sortir des lives au bon moment de sa carrière. Aucun live avec Ozzy en plein succès, un Live Evil (1982) avec Dio sorti alors que le chanteur vient de quitter le groupe et maintenant ce deuxième live officiel après 25 ans de carrière enregistrée sur la tournée d'un de ses albums les moins intéressants. En tant que fan de Tony Martin, j'apprécie l'existence de ce disque, ses interprétations des classiques du groupe sont sympathiques même si elle manque un peu de caractère. Mon principal regret est l'absence de morceaux forts de sa carrière car mis à part Headless Cross et Cross Of Thorns, il n'y a que deux morceaux dispensables de l'album Cross Purposes à se mettre sous la dent. Anno Mundi (Tyr (1990)) n'apparaissant que sur la version VHS et absolument aucun morceau de The Eternal Idol (1987) ce qui est un peu frustrant pour les fans de cette période. Un album intéressant pour les fans du chanteur mais pas marquant.

Forbidden [1995]

Ultime sursaut pour Black Sabbath…et ils auraient presque pu s’en abstenir. De ce disque je n’en retiens pas grand-chose, le groupe a essayé de rajeunir son style en embauchant Ernie C. (Body Count) pour la production, on notera même la présence d’Ice-T en guest sur « Illusion Of Power ». Le résultat est poussif, la musique du groupe n’a plus le feu sacré, ni d'orientation musicale claire. Les mélodies, les riffs, les compositions partent un peu dans tous les sens, seule la voix de Tony Martin met un peu de baume au cœur. Quelques titres en deuxième moitié d’album viennent faire illusion comme « I Won’t Cry For You » et « Sick And Tired », 2 titres pleins de feeling qui rappelle un peu l’esprit du projet solo de Iommi avec Glenn Hugues qu’il enregistra une année plus tard. Tout n’est pas à jeter, mais Forbidden est clairement un album sans grandes ambitions d'un groupe fatigué sorti à une période hostile à ce genre de musique. Bref, même aujourd'hui j'ai du mal à écouter ce disque que je considèrerais comme le disque le moins intéressant du groupe... et de loin.

Reunion [1998]
Il aura fallu attendre 3 décennies pour avoir droit à un véritable album live avec Ozzy Osbourne au chant. En 1997, la situation pour Black Sabbath a bien changé, Ozzy est devenu une superstar aux Etats-Unis se permettant d'headliner ses Ozzfest aux États-Unis en compagnie de la crème du néo-metal qui cartonne alors dans ce pays. Dans ce contexte, cette réunion événementielle pour deux soirs à Birmingham sa ville d'origine est un petit miracle qu'il faut savourer comme il se doit.  Dès lors, il est réjouissant de constater que le groupe est en forme et dans son line-up d'origine qui plus est, Bill Ward assure avec son jeu groovy et ses frappes puissantes, Geezer Butler a un son massif et parfaitement en place et Tony Iommi balance ses riffs avec une précision chirurgicale et son toucher reste toujours aussi magique. Reste le cas Ozzy Osbourne qui en fait des tonnes et joue son rôle de parrain de la scène metal, agaçant pour les uns, génial pour les autres, le personnage ne laisse pas indifférent, mais vu ses prestations scéniques parfois pathétiques, il gère ici bien son rôle de frontman même si certains morceaux sont un peu juste vocalement parlant et n'ont certainement pas la spontanéité originelle. La set-list est béton, le parfait best-of des premiers albums du groupe, une ou deux surprises seulement notamment Dirty Women (Technical Ecstasy (1976)), un gros son et pour saupoudrer le tout un public chaud bouillant. Il n'y a rien à critiquer sur la forme, il manque cette étincelle de spontanéité et de magie qui transforme un bon album live en un chef-d'oeuvre absolu, il n'en demeure pas moins que Reunion est certainement le meilleur live du groupe et qu'en l'absence d'un enregistrement d'époque, il sera difficile de trouver mieux à l'avenir dans la discographie de ce groupe. À noter, la présence de deux morceaux inédits dispensables en fin d'album, deux morceaux un peu bâteau qui n'amènent rien de terriblement excitant pour qui rêverait d'entendre un nouvel album enregistré par ce line-up.

The Dio Years [2007]

Bon d’accord, je ne chronique normallement pas les compil’s mais vu que la discographie de Black Sabbath est bloquée en vrai nouveauté depuis plus de 10 ans, quand une compilation fait apparaître 3 inédits d’un coup, je suis preneur. Comme son nom l’indique, cette compilation se concentre sur les 3 albums enregistrés avec Dio au chant, plutôt que d’acheter un best of au prix fort je conseillerais donc plutôt de prendre directement les 3 albums qui se trouvent à bon prix. M’enfin, ici y a quand même 3 nouvelles compos qui viennent faire la différence, ses titres sont dans une veine très heavy, presque doom, dans la veine de ce que le groupe avait proposé sur Dehumanizer (1992) ou dans la continuité de ce que Dio propose en solo depuis les années 2000. Pas forcément inoubliables, ces morceaux sont tout de même efficaces et s’intègrent parfaitement dans cette compilation de classiques, de plus il est toujours bon d’entendre un Dio accompagné d’un guitariste légendaire comme Tony Iommi qui a un feeling inégalable. Bref, une compil’ absolument ultime à écouter, mais dont l’intérêt pour les fans ne proviennent que des 3 nouveaux morceaux qui ne seront qu'un premier teasing des futures album d'Heaven And Hell, la nouvelle incarnation du Black Sabbath période Dio.

13 [2013]
Après le décès de Ronnie James Dio en 2010 et donc la fin de l'excellent projet Heaven And Hell qui a prolongé avec classe la période Dio de Black Sabbath, la rumeur d'une reformation du groupe a immédiatement enflammé le petit monde du Heavy Metal qui s'est concrétisé par cet album et une ultime tournée mondiale. Pour des raisons obscures, un mélange de différents financiers et certainement de santé, Bill Ward le batteur ne fait pas partie de l'aventure et est remplacé par Brad Wilk (Rage Against The Machine, Audioslave). Le résultat est ce 19ème album studio de l'histoire du groupe qui s'inspire de la lourdeur et de la noirceur des tous premiers albums du groupe sans parvenir à retrouver l'âme, le feeling et la magie de cette trop lointaine époque. 13 n'est pas foncièrement mauvais, il est juste trop clinique et propre, il restitue les clichés que l'on peut espérer d'un groupe qui s'inspire de Black Sabbath. Il existe de nos jours de nombreux groupes qui s'en inspire de manière plus profonde et avec davantage de feeling et moins d'ennuis que la proposition de cet album qui balance 8 titres massif et monotone. Le problème de ce disque n'est pas technique, les musiciens sont brillants et carrés, la voix d'Ozzy appliquée, le son est puissant et parfait, mais c'est bien l'émotion qui manque, la vibration et la folie créatrice qu'arrivait à amener les albums mythiques du groupe est absente. Quelques années après sa sortie, je me rends compte que je ne retiens pas grand-chose de ce disque et je ne vois pas de raison de m'y replonger tant le plaisir d'écoute est absente.

The End [2016]
Cette fois ça semble bien être le point final de la carrière de Black Sabbath en tout cas dans sa version avec Ozzy. Cet ultime EP, vendu uniquement sur la tournée, est composé de 4 titres inédits issus des chutes de studio de l'album 13 (2013) agrémentés de 3 morceaux live provenant de ce même album et du plutôt rare Under The Sun de Vol 4 (1972). Rien à redire, la qualité des morceaux sont dans la veine de l'album et donc n'amène pas grand.chose d'intéressant si ce n'est le plaisir d'écouter une nouvelle collaboration entre Tony Iommi/Geezer Butler et Ozzy Osbourne. Des morceaux lourds, lents et un poil trop longs pour que la sauce prenne vraiment, certains riffs sont même très proche des morceaux de l'album et doivent être la raison de leur mise à l'écart. La qualité des morceaux live est discutable avec une prise de son discutable, si ça reste écoutable et sympathique, ce n'est pas ce qui doit faire acheter le disque mais l'envie de posséder la totale de la discographie officielle du groupe qui est le seul motif valable de posséder cet EP qui n'amène rien de  renversant.